Published on March 16 2013

C'est un massacre déambulant, une tragédie bipède, des membres estropiés, les cuirassées noires à éplucher, des soleils fantômes dans le ciel de Chine, des pluies d'oiseaux morts en Arkansas, un trou noir si grand qu'il pourrait absorber le système solaire en entier, cette fille qui joue du ukulélé, avec des braises dans les yeux. C'est curieux... Certains mots tout simples me sont devenus des monstres, mythiques, craints, adorés, et je ne peux même plus les prononcer, leur puissance résonne en moi avec le potentiel d'une bombe à retardement. Quand je les prononce, je frissonne, quand ils glissent sur mes lèvres, j'ai presque peur, quand je m'entends les prononcer à voix haute, ou qu'ils surgissent de la bouche de quelqu'un, je sursaute au-dedans. Et je pleure, en sourdine... Bluffée. Le poids des mots, la violence des mots. Ces mots à la con, ces mots tout simples, qui sont une véritable tragédie à eux-seuls et m'entaillent de leur tranchant brutal.

Et eux dans le miroir. Eux qui s'enlacent et se baisent, comme s'ils allaient mourir, eux qui jouissent et frémissent, eux qui se dévorent et s'adorent, se mordent et se griffent, hurlent dans l'orgasme, s'embrasent, à n'en plus finir de s'embraser : un cri, brutal, qui s'élève au dessus de la montagne noire, là où ruissellent les longs fleuves sacrés. Eux, qui nous ressemblent.

Et moi ? Une griffe sur la peau comme un serment animal, et l'envie de lui qui me tenaille le ventre, et a verrouillé mon corps.

Des soleils fantômes dans le ciel de Chine. Des pluies d'oiseaux morts en Arkansas. Et ces mots tout simples, des monstres mythiques, qui me poignardent le thorax et tailladent mes lèvres.

(2011)

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Written by Daphné Dolphens

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