Published on October 10 2015

 

L'homme, 
le front contre le sol,
le soleil brûle ses tempes,
la lune lèche sa nuque, 
le vent caresse ses joues,
l'asphalte embrasse ses lèvres,
l'homme, 
le front contre le sol,
la nuit tombe
sur lui,
en lui,
la nuit luit,
les étoiles mordent sa peau,
l'homme, 
le front contre le sol
s'éteint.

 

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Written by Daphné Dolphens

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Published on October 8 2014

"I will never forget the golden reflection of the rising sun on the hull of our ship", the astronaut said.

"I will never forget the golden reflection of the rising sun on the hull of our ship", the astronaut said.

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Written by Daphné Dolphens

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Published on September 26 2014

"Dans ce tombeau qu'est ma mémoire, je la vois, ensevelie maintenant, celle que j'ai aimé plus que toute autre, plus que le monde, plus que Dieu, que ma chair, que mon sang. Je la vois s'ulcérer, puruler avec le sang de cette blessure d'amour, si proche de moi que je ne pourrais la distinguer de la blessure elle-même. Je la vois se débattre, chercher à se libérer, à se laver de tant d'amour et de souffrance, et chaque fois, à chaque effort, retomber dans cette plaie, s'embourber, suffoquer, se tordre dans le sang. Je vois le regard atroce de ses yeux, leur agonie muette et pitoyable de bête prise au piège. Je la vois ouvrir les jambes pour se délivrer, et chaque orgasme est un gémissement d'angoisse. J'entends le fracas des murs effondrés, des murailles qui s'écroulent sur nous, et le crépitement des maisons en flammes qui monte. J'entends qu'on nous appelle de la rue : à l'oeuvre, aux armes ! Mais nous sommes cloués au sol et les rats mordent dans notre chair. Cette tombe, ce ventre d'amour où nous glissons vers l'ensevelissement, cette nuit dont s'emplissent nos entrailles, et ces étoiles, froid scintillement sur les eaux noires du lac sans fond.

Je perds la mémoire des mots, même de son nom que je répétais naguère comme un monomaniaque. Je ne sais plus ce qu'elle était dans mes yeux, sous mes mains, quelle était son odeur ni comment elle baisait, tant je n'en finis plus de m'enfoncer encore et toujours dans les ténèbres sans fond de la caverne. Je l'ai suivie jusqu'aux tréfonds de son corps, dans le creux, jusqu'au charnier de son âme, jusqu'au souffle qui n'avait pas encore expiré sur ses lèvres. Je l'ai cherchée sans répit, elle dont le nom n'était écrit nulle part; j'ai pénétré jusqu'au lieu saint, pour trouver quoi - rien. Je me suis replié, lové, épousant la spirale de la coquille creuse du néant comme un serpent aux noeuds de feu; je me suis tapi durant six siècles, retenant mon souffle, tandis que le monde avec ses évènements filtraient à travers le fond, formant une litière boueuse de mucus. J'ai vu rouler les constellations, par cet énorme trou dans le plafond de l'univers; j'ai vu les planètes lointaines et l'astre noir qui devait me délivrer. Le Dragon secouer ses chaines et se libérer du dharma comme du karma; la nouvelle race humaine mijoter dans son jus au sein du grand oeuf jaune de l'avenir. Tout vu, tout, jusqu'au dernier signe, jusqu'au dernier symbole, mais sans jamais pouvoir déchiffrer son visage. Rien que les yeux qui brillaient à travers, énormes, charnus, pareils à des mamelles de lumière - et moi comme nageant derrière, dans les effluves électriques de sa vison incandescente.

Comment avait-elle pu s'épanouir ainsi, se dilater et fuir l'emprise jalouse de la conscience ? Quelle loi monstrueuse lui avait permis de s'étendre ainsi jusqu'à recouvrir la face du monde, révélant l'univers, mais faisant d'elle-même une arcane secrète ? Elle se dissimulait derrière le soleil, comme la lune en éclipse; elle était le miroir sans mercure, le miroir qui reflète à la fois une image et l'horreur. A regarder la face interne de ses yeux, la chair pulpeuse et translucide, j'ai découvert la structure cervelée de toute formation, de toute relation, de toute évanescence. J'ai vu le cerveau dans le cerveau, la vis sans fin de l'infini, le mot Espoir tournant et rôtissant sur la broche, bavant sa graisse, tournant sans relâche dans la caverne du troisième oeil. Les rêves qu'elle faisait, je l'ai entendue les marmonner comme des prières, dans des langues défuntes - hurlements étouffés se répercutant dans des crevasses minuscules, halètements, gémissements, râles de volupté, souffle du fouet qui cingle. Je l'ai entendue crier mon nom que moi je n'avais pas encore prononcé, je l'ai entendue maudire, hurler de rage. J'ai tout entendu, tout, mille fois amplifié, tel un homonculus enfermé dans les orgues. J'ai pu capter le souffle lourd du monde, comme une antenne fichée au carrefour de tous les sons.

Nous avons donc ainsi marché, couché, mangé ensemble, jumelés, frère et soeur siamois liés d'Amour et que la Mort seule pouvait séparer. Nous avons marché sur la tête, main dans la main, dans le goulot de la bouteille.

Elle s'habillait presque exclusivement en noir, sauf quelques tâches de pourpre ça et là. Pas de sous-vêtements, rien qu'un simple fourreau de velours noir saturé d'un parfum diabolique. Nous nous mettions au lit à l'aube, pour nous lever dans les ténèbres. Nous vivions au fond de trous noirs, rideaux tirés, mangions dans des assiettes noires, lisions des livres noirs. Du trou noir de notre vie, nous avions vue sur le trou noir de l'univers. Le soleil était perpétuellement obscurci, noirci, comme pour se faire complice de notre lutte à mort et sans relâche. Mars était notre soleil, Saturne notre lune : nous vivions en permanence au zénith du monde inférieur. La terre avait cessé de tourner, et par le trou dans le ciel, au dessus de nous, pendait l'astre noir qui ne scintille jamais. De temps à autres, nous étions pris d'accès de rire - rire fou, batracien, qui donnait la chair de poule aux voisins.  De temps à autres, nous chantions - délire de fausses notes et de grands trémolos. Nous vivions enfermés, traversant de bout en bout la nuit sans fin de l'âme; et cela couvrait une période d'un temps incommensurable qui débutait et finissait à la façon d'une éclipse. Nous tournions autour de nos moi, pareils à des satellites fantômes. Nous nous soûlions de notre image, nous la cherchions mutuellement dans nos regards ? Ce que la bête pense de la plante; l'astre de la bête. Ou Dieu, de l'homme à qui le diable aurait donné des ailes. Ajoutez que, dans l'immobile et proche intimité de cette nuit sans fin, elle rayonnait, jubilait; une folle et noire jubilation ruisselait d'elle comme un flot régulier de sperme jaillissant du taureau de Mithra. Elle était à deux coups, comme un fusil de chasse - taureau femelle, une torche d'acétylène enfouie dans le ventre.

Quand elle était en chaleur, elle braquait tout sur le grand cratère cosmique, yeux révulsés à blancs et lèvres écumantes. Dans la caverne aveugle du sexe, elle valsait comme une souris savante, mâchoires dégonflées comme celles d'un serpent, peau hérissée de plumes barbelées. Elle avait la luxure insatiable de la licorne, cette démangeaison qui fit la décadence de l'Egypte. Il n'était jusqu'à ce trou dans le ciel, par où descendait l'astre au reflet vitreux, que sa furie n'engloutit.

Nous vivions glués au plafond, dans la suffocation épaisse et rance des vapeurs exhalées par la vie quotidienne. Notre chaleur était celle du marbre, la chair, petit à petit, communiquant son incandescence aux replis reptiliens de nos corps enlacés. Nous vivions rivés aux plus basses profondeurs, la peau boucannée, couleur de cigare gris, séchée par les fumées des passions de ce monde.

Comme deux têtes portées à bout de pique par des bourreaux, nous tournions lentement, selon un axe fixe, dominant le monde et sa houle de têtes et d'épaules. Que pouvait bien représenter la vie de ce monde solide, pour nous qui étions décapités, et pour toujours unis et scellés par le bas ventre ?"

 

HENRY MILLER - TROPIQUE DU CAPRICORNE

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Written by Daphné Dolphens

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Published on September 26 2014

"He walked out in the gray light and stood and he saw for a brief moment the absolute truth of the world. The cold relentless circling of the intestate earth. Darkness implacable. The blind dogs of the sun in their running. The crushing black vacuum of the universe. And somewhere two hunted animals trembling like ground-foxes in their cover. Borrowed time and borrowed world and borrowed eyes with which to sorrow it."


CORMAC McCARTHY, THE ROAD

Ça va ? dit-il. Le petit opina de la tête. Puis ils repartirent le long du macadam dans la lumière couleur métal de fusil, pataugeant dans la cendre, chacun tout l'univers de l'autre.

 

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Written by Daphné Dolphens

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Published on September 9 2014

Un de mes textes - Apocalypse - publié dans la Revue Squeeze n°9

"Tout doit disparaitre"

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Published on June 26 2014

Tu as une idée du choc que ça fait, quand deux astres se percutent, à très grande vitesse ? Deux astres qui se percutent, à très grande vitesse, et le choc. Dans l'espace, nichés quelque part dans les interstices intergalactiques, deux astres, qui semblent flotter mais vont à toute allure, à une vitesse vertigineuse, deux bolides traçant dans le ciel une route connue d'eux-seuls. Et puis le choc. Les deux astres qui se percutent.
Leurs chemins devaient sûrement se croiser, leurs routes s'entrelacer, sûrement que le choc devait se produire, sûrement qu'il était irrémédiable, que l'univers tout entier avait dessiné cette conjonction de courbes, cette danse étrange dans l'espace, qui devait amener ces deux astres à se percuter, à très grande vitesse.
Ça peut être silencieux, un choc entre deux astres. Ça peut sembler doux, lent. Mais en fait, deux astres filant à toute allure, comme deux bolides traçant une route connue d'eux-seuls, se percutent.
Et puis le choc. À très grande vitesse.

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Published on February 21 2014

Elle était venue me voir et m'avait demandé cette chose incroyable : je veux que tu me crèves les yeux, pour que tu m'aveugles et que plus jamais je ne puisse te regarder.

Je lui avais répondu qu'elle était folle et que c'était impossible.

Je lui avais demandé qu'il souffle sur ma rétine pour que le voile sombre qui recouvrait mon regard s'envole. Il m'avait dit tu es folle, tu n'existes pas, tu n'es rien et tu n'existeras jamais. Je lui avais répondu : je ne te crois pas, alors viens me crever les yeux et je vivrai enfin en paix. Il m'a dit tu es folle, mais je viendrai te crever les yeux.

 

Puis il est venu.

Il m'a dit je crèverai tes yeux si tu crèves les miens.

J'ai dit oui.

Je suis d'accord.

Je crèverai tes yeux.

Embrasse-moi.

Une dernière fois.

Juste une dernière fois.

 

... Mais avant, laisse moi te dire (et j'approchai mon visage de son oreille) :

Je ne t'ai jamais dit pourquoi je t'ai tant aimé et il est trop tard maintenant. Mais avec toi je me sentais légère, tu me faisais rire, nous deux, je pensais que c'était à la vie à la mort, un tandem inébranlable et complice. Je voulais te porter vers le ciel et j'exigeais que tu en fasses autant, je suis désolée que ça ne se soit pas passé ainsi.

Et maintenant, embrasse-moi. Juste une dernière fois.

 

Alors nous nous embrassâmes, sous le cerisier du jardin, sous des centaine de milliers de fleurs blanches, galaxies peuplées d'étoiles suspendues aux branches noires, le soleil perçait, des oiseaux volaient, le vent chuchotait « vous êtes fous, vous, les amants damnés », et nous nous embrassâmes, des heures durant, des siècles durant, des vies entières durant, mordant et avalant les lèvres l'un de l'autre, nuques fondues l'une dans l'autre, peau contre peau, bouche contre bouche, souffles entremêlés, sous le cerisier éternel, et pour la dernière fois.

 

Il faisait soleil.

Les oiseaux chantaient.

Le ciel était bleu roi.

Les amants s'aimaient.

Une dernière fois.

 

Puis, d'un geste uni et complice, tous deux respirant profondément une ultime fois le même souffle, ils se caressèrent le visage doucement et se dévisagèrent en silence, puis, lentement, se crevèrent les yeux l'un l'autre. Sans pleurs. Sans larmes. Sans douleur. Sans rien, que le silence.

Et la paix.

 

 

Le lendemain, je me réveillais, aveugle, et sûrement sourde. Calme. Enfin.

Délivrée.

 

 

 

 

(2010)

 

 

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Written by Daphné Dolphens

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Published on February 1 2014

 

Quand j'y pense juste un ratage ou un carnage 

Tu n'es pas là et ça me tue

Quand tu te tais et ça me brûle

Au corps à corps que tu prenais

Comme un navire abandonné

Une carlingue déglinguée

Oh mon amour tu me punissais

Et finissais par en crier 

Comme une rage

Un orage

Oh mon amour, Ô quel carnage

 

Ces diamants noirs que tu taillais

Sur l'orifice de la passion

Fleurissaient comme le poison

D'un soleil mort sur nos nuits

Mon ange, Oh ouais, j'te criais oui

Et surtout quand on s'disait non

Et que mon nom tu chuchotais

Sur l'épine de ma nuque

Et sur tes lèvres qui brûlaient

Un seul prénom, une obsession

 

Quand on baisait, Oh, quand on baisait

Mon ange

Ces cicatrices qui luisaient

Dans nos sombres obscurités

Me renvoyaient en plein visage

L'obscur et étrange tissage

Que toi & moi on engendrait

Sac de nœuds, nid de pétales

Serpents, scorpions, Lilith pâles

Pour que nos nuits se mettent à luire

Plus que nos cœurs apprivoisés

 

Pourtant mon ange t'as pas pigé 

Pourquoi mon ange, t'as pas pigé

Tu voulais juste me posséder

Me bouffer me lécher 

Savoir que

Je serais à toi que 

Tu serais à moi

En toute simplicité

Mais je brûlais de t'aimer

Pourquoi t'as pas pigé

Oh mon amour

Mon sombre amour

 

Toi Plutonien, Buck miroité

Me rêvais, sombre et torturée

Mais t'étais comme moi,

Oh mon amour

Comme moi, Oh mon amour

Tu ne rêvais que d'elle

Oh mon p'tit cœur

Cette lueur mon petit cœur

La lumière sur la plaine

Sauvage immense et infinie

Non pas la mort mais bien la vie

Comme l'éclat de nos visages blêmes

A l'aube blanche d'une nouvelle nuit

 

Un jour, ou j'crois plutôt qu'c'était la nuit

Tu as vu qu'elle était drôle

Cette lumière dans mes yeux

Poussières d'étoiles ou farandole

De diamants noirs dans les cieux

T'as pas compris qu'c'était l'amour

L'amour l'amour et pas la mort

Brûlant pour toi jusqu'à mon corps

L'amour l'amour non pas la mort

Mon ange, Oh ! Qu'est-ce que t'as tort

T'as pas pigé que tu as tort.

 

 

 

 

 

 

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Written by Daphné Dolphens

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Published on January 14 2014

Dans l’ombre je me prélasse et caresse le reflet opaque de la lumière qui me traverse. Je miroite des lunes noires et des soleils obscurs, éclairs de vie tatoués dans mes prunelles sans fond. Je regarde en face cet autre moi sombre qui ricane et saigne des litres de violence. Elle ressemble à Lilith entravée de liens de cuirs et perchée sur un rictus rouge passion. Elle ressemble aux ténèbres illuminés par l’amour fou et les pulsions sauvages. Elle ressemble à un nid ombragé où se murmurent les plus intimes secrets, où se profilent les plus impénétrables mystères. Elle ressemble à un sacrilège de chair et de vie, à qui la mort aurait donné une dernière chance.

 

(2008)

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Written by Daphné Dolphens

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Published on April 27 2013

Hier j'ai failli avoir une crise cardiaque : je marchais dans la rue et j'ai cru voir sa silhouette, surgir au coin de la rue, mon coeur a fait un grand sursaut dans son trop petit habitacle, il a failli imploser, ou exploser, je sais pas, mais il a fait un grand bond jusque dans ma gorge, gorgé d'oxygène, puis est redescendu dans le bas de mon ventre et s'y est niché, ko, petit, tout petit, ou plutôt énorme, trop énorme. Puis, de battre il s'est arrêté, je crois bien, je sais pas. De couler, le sang dans mes veines s'est arrêté. De respirer, ma bouche s'est arrêtée. De penser à un quelconque truc censé, mon cerveau s'est arrêté. BANG BANG BANG BANG ! ça a fait, dans ma tête et jusque dans l'habitacle, et pour finir jusque dans le ventre. Ma gorge s'est nouée, j'ai failli vaciller, dans les pommes, tomber, la tête sur l'asphalte, la gueule par terre.

Puis sa silhouette s'est fondue dans la foule, dans la foule urbaine, dans la jungle, multitude de silhouettes, parapluies noirs, rouges, bleus, multitude de couleurs, dans la pluie qui tombait sur la jungle. Le bitume humide a reflété la mienne, de silhouette, presque à vaciller, et le coeur dans l'habitacle qui de battre avait failli s'arrêter net, et le ventre noué.

Je me suis accrochée une seconde à une cagette de pommes, l'étal d'une petite épicerie de quartier, j'ai tourné la tête, les parapluies ont continué leur marche, sous la pluie dans la jungle, je ne respirais plus. Et ce qui ressemblait à sa silhouette avait disparu.

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Published on March 16 2013

C'est un massacre déambulant, une tragédie bipède, des membres estropiés, les cuirassées noires à éplucher, des soleils fantômes dans le ciel de Chine, des pluies d'oiseaux morts en Arkansas, un trou noir si grand qu'il pourrait absorber le système solaire en entier, cette fille qui joue du ukulélé, avec des braises dans les yeux. C'est curieux... Certains mots tout simples me sont devenus des monstres, mythiques, craints, adorés, et je ne peux même plus les prononcer, leur puissance résonne en moi avec le potentiel d'une bombe à retardement. Quand je les prononce, je frissonne, quand ils glissent sur mes lèvres, j'ai presque peur, quand je m'entends les prononcer à voix haute, ou qu'ils surgissent de la bouche de quelqu'un, je sursaute au-dedans. Et je pleure, en sourdine... Bluffée. Le poids des mots, la violence des mots. Ces mots à la con, ces mots tout simples, qui sont une véritable tragédie à eux-seuls et m'entaillent de leur tranchant brutal.

Et eux dans le miroir. Eux qui s'enlacent et se baisent, comme s'ils allaient mourir, eux qui jouissent et frémissent, eux qui se dévorent et s'adorent, se mordent et se griffent, hurlent dans l'orgasme, s'embrasent, à n'en plus finir de s'embraser : un cri, brutal, qui s'élève au dessus de la montagne noire, là où ruissellent les longs fleuves sacrés. Eux, qui nous ressemblent.

Et moi ? Une griffe sur la peau comme un serment animal, et l'envie de lui qui me tenaille le ventre, et a verrouillé mon corps.

Des soleils fantômes dans le ciel de Chine. Des pluies d'oiseaux morts en Arkansas. Et ces mots tout simples, des monstres mythiques, qui me poignardent le thorax et tailladent mes lèvres.

(2011)

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Written by Daphné Dolphens

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